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FRUITS ET LÉGUMES
07.05.2021

Commercialisation des fruits et légumes : favoriser le collectif

27.02.2021 - Gignac.

Réunion d'échanges - Commercialisation des Fruits et Légumes

En début d'année, la Confédération paysanne de l'Hérault invitait les porteurs de projet d'installation et les producteurs de Fruits et Légumes du département à une journée d'échange, avec des représentants des collectivités et de l'aval (boutiques paysannes, entreprise locale fournissant la restauration hors domicile), rencontre organisée en partenariat avec le Civam* Bio et Terres Vivantes (réseau Fadear).
Retour avec Marie et Mathieu, paysan-nes confédérés, présents ce jour là.
      Marie Pinochet est maraîchère, arboricultrice et eleveveuse de poules pondeuses à Lodève, avec son compagnon. Ils  cherchent à maîtriser leur outil de production du début à la fin : de la production des semences et des plants jusqu'à la vente, en direct sur les marchés et en boutique de producteurs. Marie est membre du comité départemental de la Conf 34 et de la commission nationale « Fruits et Légumes ».
      Mathieu Yon a été hébergé au sein de l'espace test agricole de Terracoopa de 2016 à 2020 en tant que maraîcher biologique, d'abord en "test" puis en tant qu'entrepreneur salarié. Il est actuellement en cours d'installation dans la Drôme, mais reste encore lié à Terracoopa en qualité d'associé.
 
Marie, quels étaient le contexte et les objectifs de cette journée ?

La demande en fruits et légumes produits localement ne cesse de croître et la crise sanitaire que nous traversons tend à renforcer ce besoin. Beaucoup d'entre nous choisissent de commercialiser leurs produits en circuits courts mais certains marchés, boutiques de producteurs etc, semblent difficiles d'accès voire complètement saturés...quand d'autres débouchés tels que la restauration collective peinent à se fournir localement.
Dans le même temps, un nombre trop important d'installations en fruits et légumes se soldent par un échec au bout de quelques années. Dans ce contexte, nous pouvons trouver ensemble des solutions collectives pour favoriser la relocalisation et la commercialisation des productions locales en fruits et légumes.

L'objectif de cette journée était de rencontrer les maraichers et arboriculteurs présents sur notre territioire et prendre connaissance des difficultés ou des succès qu'ils peuvent rencontrer en matière de commercialisation. Nous souhaitions aussi favoriser le dialogue entre les paysans, notre syndicat et des représentants de Terres Vivantes, du Civam* Bio, des collectivités territoriales, municipalités, acteurs de la restauration collective... qui ont largement contribué à organiser et rendre vivante cette journée d'échange.

Mathieu, tu as témoigné devant une trentaine de porteur-ses de projet ; quel est ton parcours et que dirais-tu des circuits de commercialisation que tu as expérimenté ?

Je ne suis pas issu du milieu agricole, même si j'ai grandi à la campagne entouré de fermes encore en activité. Quand j'ai voulu devenir maraîcher, j'ai fait le choix de ne pas passer de diplôme mais d'intégrer directement un espace test agricole. Je voulais de la pratique, et j'ai pu me concentrer sur la production très rapidement, grâce aux installations déjà existantes sur Viviers. Au bout de deux ans, mon activité était économiquement viable.

Concernant les circuits de commercialisation, il ne faut pas être figé, et accepter d'abandonner des points de vente non rentables. Un petit marché local où le chiffre n'est pas au rendez-vous après plusieurs mois en vaut-il vraiment la peine ? J'ai d'abord essayé plusieurs types de ventes: marché de plein vent, paniers, magasins biologiques, boutiques de producteurs. Assez rapidement, ce sont les boutiques de producteurs qui sont apparues comme étant les plus pertinentes pour moi: du point de vue humain et économique. J'ai donc abandonné les autres débouchés pour ne garder que deux boutiques de producteurs (Lou Paisan bio et Sentier de Cévennes). Un des points forts a été de se répartir la gamme entre les maraîchers de boutiques, et de répondre à une demande qui n'était pas encore satisfaite. A Montpellier par exemple, j'ai observé que la roquette se vendait très bien, avec de bon débits (ce qui n'était pas le cas à Saint Gely). J'ai donc produit beaucoup de roquette, en veillant à sa qualité et à sa fraîcheur. Le maître mot du maraîchage, c'est l'observation et l'adaptation !

Selon vous, quelles sont les perspectives ouvertes par ce type de rencontres ?

Mathieu : Les reproduire ! Et pourquoi pas aller plus loin dans les échanges, et répondre plus spécifiquement aux besoins des porteurs de projet.
Marie : pour la Conf, il me semble que l'idée, c'est bien de créer un espace de dialogue. Et la salle pleine de cette journée, malgré un contexte sanitaire tendu, constitue déjà une très belle réussite ! Faire du lien avec les établissements d'enseignement agricole nous tient à coeur et nous avons reçu deux promotions de BPREA ce jour là, avec des adultes
en formation et candidats à l'installation qui ont pu entendre des témoignages, prendre des contacts, questionner leurs projets d'installation...
Mais il faut aller beaucoup plus loin ; face au constat alarmant de la disparition progressive des fermes arboricoles et maraichères sur le territoire nationnal, la conf doit interroger la place reservée aux producteurs de fruits et légumes locaux dans un contexte de marché mondialisé fortement concurrentiel...la Conf lutte notamment pour une répartition plus équilibrée des aides publiques. Aujourd'hui, si les maraichers, les arboriculteurs et plus largement les petites fermes sont fortement plebiscités par les consommateurs, nous restons tres peu soutenus financièrement par la PAC*.

Comment la Conf peut-elle accompagner de nouvelles dynamiques sur le département, en termes de relocalisation et de commercialisation des fruits et légumes ?

Mathieu : Bonne question. Elle pourrait peut-être faire une "veille commerciale" à la manière de celle effectuée pour le foncier. Par exemple, quand j'ai quitté les boutiques de producteurs, j'ai eu beaucoup de mal à trouver des maraîchers pour prendre ma place. Et quand j'étais en activité, j'entendais souvent parler de propositions commerciales auxquelles je ne pouvais pas répondre, faute de production suffisante. Un élément important pour s'échanger des tuyaux, c'est la confiance. La Conf' pourrait peut-être jouer ce rôle pour mettre en relation les bonnes personnes.
Marie : Mathieu a raison, la Conf est très souvent pour nous, paysan-nes, un réseau qui nous permet d'échanger, de s'informer et de s'entraider... mais c'est aussi un lieu de construction collective : ce sont aux maraîcher-es de s'emparer de cet outil syndical pour agir ensemble. Très concrètement, cette année, nous aimerions proposer une formation autour de la construction du prix de vente, toujours dans une perspective de défense du revenu paysan... un autre thème dont nous souhaiterions nous saisir a emergé au cours de cette journée, celui du besoin en matériel spécifique aux cultures maraichères, on peut imaginer aider à la création d'un outil de type CUMA pour une mise en commun des outils et des espaces de stockage... bref, cette journée nous a permis de faire le plein de projets et de perspectives pour soutenir les producteurs-rices de fruits et légumes.


Crédits photos : A. Lamy
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