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CAMPAGNES SOLIDAIRES


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Le numéro du mois

n° 429 - juillet 2026
Editorial
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Editorial

« Nous sommes contre ce texte qui prétend aider les agriculteur·ices, mais détruit ce qui nous nourrit vraiment »

Le projet de loi d'urgence agricole est sur le point d'être validé. Il franchit les étapes les unes après les autres et risque d'être promulgué. Déposé en procédure accélérée par le gouvernement le 8 avril, le texte a été examiné en première lecture par l'Assemblée nationale du 19 au 22 mai, puis adopté avec modifications par la commission des affaires économiques du Sénat le 17 juin au matin. À la publication de ce numéro de Campagnes solidaires, le texte aura franchi l'étape de la séance publique du Sénat, qui débutera le lundi 29 juin.

Après la loi d'orientation agricole de février 2025 et la loi Duplomb de juillet 2025, il s'agit d'un nouveau texte visant à répondre à la colère agricole qui resurgit régulièrement et que le gouvernement craint. Saura-t-il y répondre ? Non, aucunement …

À quelles urgences ce texte prétend-il apporter des solutions ? Certainement pas à celles du revenu des paysan·nes, du renouvellement des générations, de la transition agroécologique ou de la souveraineté alimentaire ! Ce projet de loi est un saupoudrage de mesurettes au service de la FNSEA*, un tapis rouge déroulé aux tenants de l'agro-industrie, un arrangement pour maintenir les intérêts électoraux de nos dirigeant·es… Un système capitaliste productiviste dominant bien huilé, tueur d'enfants, de paysan·nes et du vivant !

Qu'en est-il de l'urgence de la problématique de l'eau ? L'orientation est claire : alors que la ressource diminue, il s'agit de faciliter l'irrigation plutôt que d'organiser la sobriété. Ce texte réduit la participation du public lors des consultations sur les projets de stockage, permet au préfet de prolonger de deux ans les autorisations de prélèvements jugées illégales par le tribunal et donne la priorité aux projets de stockage, faisant fi des règles définies collectivement sur les territoires. Le combat que nous menons en Ille-et-Vilaine pour faire respecter les délibérations démocratiques du Sage* est révélateur des dérives portées par cette loi d'urgence agricole. En donnant la priorité aux intérêts des lobbies du modèle productiviste, le gouvernement nourrit les conflits d'usage et organise la mise en concurrence des territoires et des usager·es autour de la ressource en eau.

Et quid de l'urgence concernant les zones humides ? Plus une zone humide est dégradée, moins elle est protégée. Tout type de travaux pourra alors y être mené, qu'il s'agisse de travaux industriels, d'urbanisme ou agricoles. Or, plus de 40 % des zones humides sont déjà dégradées, ce qui signifie qu'elles pourront être achevées par l'application de cet article.

Et qu'en est-il de l'élevage ? Cette loi prévoit d'assouplir la réglementation des installations d'élevage soumises à ICPE (installations classées pour la protection de l'environnement), c'est-à-dire des installations agricoles à fort impact environnemental qui génèrent du méthane et des nitrates — ce qui vaut à la France des condamnations régulières —, mais aussi des émanations d'ammoniac. Seuls 3 % des exploitations les plus intensives pourraient bénéficier de ce changement de réglementation. En effet, la majorité des éleveurs et éleveuses ne sont pas concernées par ces normes.

La loi prévoit également une réduction du nombre de consultations relatives à ces projets. Avec l'article 17, le message est clair : l'agrandissement des élevages est la seule orientation qui vaille, au nom de la compétitivité. Les paysan·nes sont ainsi poussé·es vers le surendettement et l'aliénation aux systèmes intégrés des filières animales.

L'adoption d'un amendement interdisant les prix agricoles inférieurs aux coûts de production, issu de nos revendications, constitue la seule avancée de cette proposition de loi. Mais cela est bien trop peu pour répondre à l'urgence de la situation et nous ne pouvons nous en satisfaire.

Quand c'est non, c'est non ! Nous sommes contre ce texte qui prétend aider les agriculteur·rices, mais détruit ce qui nous nourrit vraiment. Il favorise un modèle destructeur, nocif et mortifère pour notre capacité à produire demain, pour le renouvellement des générations, pour la transition agroécologique indispensable, pour la possibilité d'un environnement et d'une alimentation sains pour toutes et tous.

Nos territoires, nos fermes et nos alliances avec la société civile et les organisations paysannes du monde entier regorgent de solutions concrètes. Ce que nous défendons n'est ni une idéologie hors-sol, ni un doux rêve illusoire, mais un projet crédible, vivant et déjà à l'œuvre. Tenons bon !

Soazig Le Bot,
paysanne en Bretagne, membre du comité national

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